Select a date and time slot to book an Appointment
Date Of Appointment
Abidjan, le 16 février 2026 - Au Vatican, l'IOR (Institut pour les Œuvres de Religion, plus connu sous le nom de Banque du Vatican) s'invite sur un terrain résolument contemporain avec le lancement de deux nouveaux ETF thématiques, l'un centré sur les valeurs américaines, l'autre sur la zone euro.
Chacun de ces indices, baptisés Morningstar IOR US Catholic Principles et Morningstar IOR Eurozone Catholic Principles, regroupent 50 entreprises de taille moyenne à grande sélectionnées selon des critères éthiques strictement inspirés par la doctrine sociale de l'Église. Officiellement, ces « benchmarks » sont construits selon les meilleures pratiques de marché et conformes aux critères « éthiques catholiques » et doivent « servir de référence pour les investissements catholiques dans le monde entier ». En pratique, il s'agit de composer des portefeuilles d'actions « vertes », en entraînant les secteurs jugés contraires à l'enseignement catholique (avortement, armes, énergies fossiles, etc.).
Chacune des deux « paniers » contient donc 50 titres triés sur le volet. Du côté américain, on retrouve des géants de la tech et de la consommation : Meta, Amazon, Nvidia, Tesla, Apple… Cette sélection n'est pas due au hasard : ce sont souvent les premières pondérations de l'indice US, déjà identifiées par Morningstar. Des entreprises qui sont, pour certaines, tout de même souvent pointés du doigt pour les conditions de travail, le traitement des données personnelles et l'impact sociétal et environnemental.
ASML (semi-conducteurs), Deutsche Telekom, SAP, Banco Santander, LVMH...
Ces valeurs « mainstream » jugées « compatibles avec les enseignements catholiques sur les enjeux de la vie, la responsabilité sociale et la protection de l'environnement ». De fait, les indices s'appuient sur des univers larges (l'indice Morningstar US Large-Mid pour l'ETF US, et Morningstar Eurozone Large-Mid pour l'ETF euro) dont Morningstar extrait les valeurs respectant les préceptes du Vatican.
Ces indices s'inscrivent dans la vague mondiale des fonds ESG et à valeurs ajoutées : ils rejoignent un « marché encombré » d'ETF thématiques et éthiques déjà existants (par exemple le S&P 500 Catholic Values Index ou d'autres ETF « chrétiens » déjà cotés).
Plus largement, c'est aussi un moyen pour le Saint-Siège de « catalyser » l'essor de la finance à thème au sein de l'Église, suivant la logique des principes de l'encyclique Laudato si' et autres enseignements papaux sur une économie plus humaine.
D'un autre côté, ce lancement a une dimension symbolique évidente pour l'IOR : il s'inscrit dans le processus de réhabilitation de l'image de la Banque du Vatican après des décennies de scandales. Il vient après les lourdes réformes engagées par le pape François (fermeture des comptes bancaires suspects, renforcement de la supervision financière, publication des rapports annuels, nomination des dirigeants extérieurs, etc. ) afin d'assainir les finances du Vatican.
Pour comprendre les enjeux, il faut rappeler que le Saint-Siège dispose de ressources financières étendues, même si elles restent modestes à l'échelle globale. Contrairement à un État normal, le Vatican ne dispose ni de TVA, ni d'impôts, ni d'émet d'obligations. Ses revenus proviennent principalement de son immense patrimoine immobilier en Italie (bureaux, églises, écoles, hôpitaux) et de ses musées (65 % du budget 2022), ainsi que des dons (environ 30 % du budget). Le reste provient de structures liées : la recette de l'hôpital pédiatrique Bambino Gesù, les recettes de la billetterie muséale, et surtout les gains tirés des investissements gérés par l'IOR, l'APSA (Administration du patrimoine du siège apostolique) et d'autres entités.
Le rapport annuel de l'IOR pour 2024 montre ainsi qu'il a généré un bénéfice net de 32,8 M EUR (en hausse de +7 % sur 2023) et qu'il a versé 13,8 M EUR de dividendes aux bonnes œuvres (dirigés par le pape François vers des projets caritatifs). Dans le même temps, l'APSA a annoncé un résultat positif de 62,2 M EUR pour 2024, grâce à ses quelque 4 000 propriétés (dont beaucoup sont néanmoins utilisées à titre non lucratif, bureaux ou logements sacrés). Au global, la rubrique « gestion financière » du budget 2024 indique un gain d'environ 38,1 M EUR issu des placements et cessions d'actifs, qui a largement contribué à compenser le déficit de fonctionnement. Au total, le Saint-Siège possède un portefeuille diversifié (actions, obligations, immobilier, dons fiduciaires…) qui, bien géré, est devenu l'un des rares éléments positifs du bilan Vatican.
Cette ambition d'"investir avec conscience" répond aussi à une nécessité historique : les finances du Vatican ont été longtemps entachées par de nombreux scandales. Les plus célèbres remontent aux années 1970-80 : les faillites de la First National Bank (US) ou du Banco Ambrosiano (Italie) ont impliqué le Saint-Siège dans des opérations douteuses, des fraudes en série ou des liens avec la mafia.

Le pape François, élu en 2013, a multiplié les mesures correctrices : fermeture de comptes suspects (plus de 1 000 en 2014), publication transparente des comptes bancaires et livres de comptes, création d'autorités de supervision financière (comme l'Autorité d'information financière ASIF), et lancement d'un « comité des investissements » chargé d'aligner les placements sur la doctrine sociale.
Ces réformes ont produit des résultats tangibles – la Suisse et Moneyval ont salué l'alignement de l'IOR sur les normes anti-blanchiment – mais n'ont pas effacé la défiance exercée par le passé. L'arrivée de ces nouveaux ETF « catholiques » s'inscrit donc dans cette dynamique de nettoyage.
Sur le plan budgétaire, les finances du Vatican restent très sensibles aux hauts et bas du contexte économique. En 2022, les derniers comptes audités faisaient état d'un déficit d'environ 83 M EUR. Pour la première fois depuis des années de déficits, le bilan 2024 publié fin 2025 indique un léger excédent de +1,6 M EUR, porté par une hausse exceptionnelle des dons extérieurs (+79 M EUR) et par des « produits financiers positifs » (cessions d'actifs historiques) atteignant +46 M EUR. L'essentiel du redressement est donc le fruit de mesures ponctuelles (ventes immobilières, cessions d'œuvres d'art, etc.) et d'une clémence temporaire des mécènes. Malgré cette embellie, le déficit structurel du budget (la différence persistante entre recettes courantes et dépenses de fonctionnement) demeure élevée, de l'ordre de 44 M EUR pour 2024.
De plus, le budget officiel du Saint-Siège (1,2 Mrd EUR en 2023) ne tient toujours pas compte de la bombe à retardement des retraites : le fonds de pension des employés du vatican accuse un manque de provisions encore supérieur à 600 M EUR. En clair, le Vatican vit de ciseaux permanents entre des postes fixes (salaires, entretien, sécurité, diplomatie…) croissants et des recettes délicates (dons fluctuants, recettes muséales cycliques, plus-valeurs aléatoires). Les annonces de levée de boucliers internes (grèves de coursiers, protestations de curés) et les multiples coupes budgétaires témoignent d'une situation toujours sous tension, malgré l'euphorie du mini-excédent.
Ce double lancement d'ETF « à la manière du Vatican » est à la croisée de la finance moderne et de la morale chrétienne. Ils pourraient séduire une frange de la clientèle patrimoniale catholique, mais leur succès dépendra de la crédibilité de l'initiative : seront-ils de véritables leviers d'investissement ou seulement des vitrines médiatiques ? Dans l'immédiat, la vocation première est d'affirmer la cohérence des placements du Vatican avec ses principes moraux.
Le Saint-Siège devra toujours imaginer comment générer suffisamment de fonds pour couvrir pensions, salaires et missions spirituelles, sans perdre en crédibilité. Reste à voir si cette conversion partielle au capitalisme éthique sera de nature à renverser la tendance générale de rigueur qui s'impose aux finances du Vatican.
JGM et www.Zonebourse.com
We appreciate you contacting us. Our support will get back in touch with you soon!
Have a great day!
Please note that your query will be processed only if we find it relevant. Rest all requests will be ignored. If you need help with the website, please login to your dashboard and connect to support